Depuis les « émeutes » de Novembre dernier, je tente de ne plus avoir de réaction à chaud et de tourner mon cortex 5 fois dans ma petite boite crânienne avant de ma faire une opinion. Il y a peu, notre premier ministre a promulgué une loi dite de l’égalité des chances. Je passe sur cette formulation qui me rappelle un peu des intitulés soviétiques de la grande époque pré Gorbatchovienne pour m’intéresser aux trois lettres qui envoient jeunes et salariés dans la rue : CPE. A ce stade, je ne donnerais pas d’avis mais quelques petits détails m’ont sauté au museau :

-Notre premier ministre, son gouvernement et notre chef de l’état sont forts incommodés car la victoire de 2007 se joue bel et bien en ce moment
-Le ministre d’état Nicolas S de Neuilly (qui on le sait, philosophe en se rasant le matin) est conscient que le temps joue en sa défaveur étant donné qu’avec le durcissement du mouvement, le risque de « bavure » augmente.

-Les syndicats voient là une formidable occasion de re-devenir un contre pouvoir
-Les représentants des syndicats étudiants sont eux au moins aussi soucieux de leur image que du message qu’ils tentent de faire passer (je pense notamment au président de l’UNEF).
-Les médias ne savent pas trop quel parti prendre
-Les casseurs sont de retour, la volonté d’en découdre n’a pas disparue
-Les premiers contrats CPE sont cassés par le prud’homme pour licenciement abusif (sic!)
-DSK, Ségo et Lolo se lèchent les babines…

En résumé, c’est le bordel mon adjudant ! Mais là, ô merveille, le service public décide par l’intermédiaire de France 2 de diffuser à 20h50 une émission de débat sur le CPE (« A Vous de juger »). Là aussi quelques réflexions :

-Bravo Mme Chabot ! pas évident d’animer un tel débat avec parfois des jeunes plus réacs que des « vieux ». Je pense notamment à une lycéenne brune qui s’adresse à son ministre tel un chien d’attaque de 1ère catégorie ce qui contribuera certainement à caricature le mouvement… dommage…
-Monsieur de l’UNEF est toujours aussi soucieux de son image, pour lui ce n’est qu’un combat, bientôt il entrera officiellement en politique (au PS ?) et briguera un mandat quelconque.
-Le papa des radars Gilles de Robien est bien ennuyé de se retrouver dans cette foire aux bestiaux. En plus, il ne peut que dispenser le discours officiel.
-Un public United Colors of Benetton qui apporte des éclaircissements significatifs sur des situations concrètes. C’est d’ailleurs peut être le point fort de ce genre d’émission, quel bonheur d’entendre des « sans étiquettes » s’exprimer sur des sujets concrets.
-Mais oui monsieur de l’UNEF, vous êtes beau et en plus vous êtes presque convaincant.

Un foutoir bien français où personne n’a à 100% raison, ou personne n’a à 100% tort. Et là, une révélation, ma révélation ! Soudain, venu de nulle part, intervient un moustachu à l’allure certaine. Monsieur Jean Paul Brighelli, auteur de « La Fabrique du crétin ». Il n’a fallu que 4 ou 5 phrases à ce professeur pour donner un vrai visage au malaise.

Ok, je ne l´ai pas lu mais je pense bien le faire!

Je trouve sa métaphore de la planche à billets très parlante : plus on en imprime, plus leur valeur baisse…pour les diplômes, c’est pareil ! Effectivement, avec un palmarès de Bac+5, il est parfaitement possible de ne pas pouvoir s’exprimer ou écrire correctement (et je vous dis ça du haut de mon Bac+0,5). Je pense également, comme lui, que la notion même de travail a partiellement disparu de la doctrine de l’éducation nationale.

En résumé, je suis moi aussi contre le CPE. Pas à cause de cette période d’essai de deux ans mais bien parce que c’est un sparadrap sur une fracture ouverte.

Keyser Söze